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lemondefr_pet.gif   Edition du 5 décembre 2008

En dépit d’allégements, le blocus de Gaza accentue la pauvreté et la misère

Le bouclage strict du territoire contrôlé par le Hamas depuis juin 2007 s’est renforcé à la suite de la reprise des incursions israéliennes et des tirs palestiniens. Ces violences menacent une trêve fragile en vigueur depuis le mois de juin

JÉRUSALEM
CORRESPONDANT

Depuis un mois, le blocus israélien de la bande de Gaza s’est intensifié. La marine israélienne a intercepté, lundi 1er décembre, un bateau libyen chargé de 500 tonnes d’huile, de 750 tonnes de lait, de riz, de farine de blé, de médicaments. L’Al - Marwa a été contraint de rebrousser chemin. ≪ L’acheminement de l’aide humanitaire doit se faire en coordination avec les autorités israéliennes. La Libye est un pays hostile ≫, rappelle Igal Palmor, porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères.

Une association de bienfaisance du Qatar a décidé, à son tour, d’envoyer un bateau pour tenter de briser le blocus, alors que l’approvisionnement de Gaza se fait exclusivement via Israël. Quelles sont ses chances de réussite ? ≪ Nous jugeons au cas par cas ≫, indique M. Palmor. Depuis le mois de juillet, seuls trois bateaux en provenance de Chypre ont été autorisés à accéder au port de Gaza. En dépit d’un début de mobilisation internationale, Israël refuse toujours de desserrer son étau sur ce territoire pratiquement coupé du monde depuis la prise du pouvoir par le Hamas à la mi-juin 2007.

L’étranglement s’est considérablement accru depuis le 5 novembre, date à laquelle la trêve qui prévalait depuis le 19 juin a été malmenée en raison d’une intervention de Tsahal consécutive à la découverte d’un tunnel à proximité de la frontière avec Israël. Depuis, la noria des camions approvisionnant les Gazaouis en produits de base s’est considérablement réduite, même si un convoi a été autorisé jeudi 4 décembre, à la veille de la fête qui marque la fin du pèlerinage à La Mecque.

L’organisation non gouvernementale Oxfam international estime que le volume des marchandises a été ramené à 8 %de ce qui prévalait avant le blocus. Une pénurie frappe la plupart des produits de première nécessité. Des dizaines de boulangeries ont dû fermer faute de farine ou de carburant pour faire tourner les générateurs. Les 1,5 million d’habitants sont confrontés à des coupures d’électricité de plus de douze heures par jour. Les pompes pour les puits et le retraitement des eaux usées ne peuvent fonctionner. Le gaz en bouteille pour la cuisine est devenu une denrée rare.

Dans les hôpitaux, des médicaments manquent et les groupes électrogènes ne disposent de carburant que pour deux jours au plus. Les billets de banque se font également de plus en plus rares. Les prix ont doublé, voire triplé. Le trafic entretenu par des centaines de tunnels creusés sous la frontière avec l’Egypte permet de réduire l’impact du blocus, mais plus d’un million de personnes dépendent totalement de l’aide humanitaire pour survivre.

≪ Plus de 50 % des familles vivent désormais en dessous du seuil de pauvreté ≫, a indiqué Filippo Grandi, commissaire adjoint de l’Unrwa, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens. ≪ Il s’agit d’une violation massive des droits de l’homme ≫, a déploré Maxwell Gaylard, coordinateur humanitaire de l’ONU pour les territoires palestiniens. Les frontières restent hermétiquement fermées. Les diplomates et les journalistes éprouvent les plus grandes difficultés à se rendre à Gaza, tout comme l’archevêque Antonio Franco et deux prêtres, bloqués au passage d’Erez, dimanche 23 novembre. Seuls quelques représentants d’organisations humanitaires ont été autorisés à passer en novembre.

L’association des correspondants étrangers (FPA) avait été contrainte de saisir la Cour suprême israélienne contre ≪ cette violation de la liberté de la presse alors qu’Israël affirme qu’elle est une démocratie et respecte la liberté des medias ≫, a déclaré Steven Gutkin, président de la FPA. Elle a obtenu partiellement satisfaction, jeudi, même si la menace plane d’une nouvelle fermeture en cas de tirs de roquettes ou d’obus de mortier. ≪ Il n’est pas possible de risquer la vie de notre personnel ≫, fait remarquer Igal Palmor qui rappelle que, vendredi 28 novembre, huit soldats ont été blessés par des tirs de mortiers dans une base militaire près de la frontière. L’un d’entre eux a été amputé d’une jambe. Depuis un mois les escarmouches n’ont pas cessé. Tsahal a procédé à cinq incursions. Tous les jours ou presque, les projectiles explosent sur le sol israélien, la plupart du temps sans faire ni dégâts ni victimes. La trêve doit s’achever théoriquement le 19 décembre.

Petit à petit, la bande de Gaza s’enfonce dans la misère, la pénurie et la détresse. Le 16 février 2006, un conseiller d’Ehoud Olmert, Dov Weissglass, avait ainsi défini, selon la presse israélienne, la politique de sanctions consécutive à la victoire du Hamas aux élections législativesdu25janvier :≪ C’est une diète. Les Palestiniens vont perdre un peu de poids mais ils ne vont pas mourir ≫. a

Michel Bôle-Richard

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