Retour

Le Monde.fr

Le rapprochement entre l'UE et Israël est gelé

Article paru dans l'édition du 29 avril 2009.

BUREAU EUROPÉEN CORRESPONDANT

Les Vingt-Sept posent comme préalables au renforcement de leurs relations avec Israël la relance du processus de paix et un engagement en faveur de la création d'un Etat palestinien. Actée sous présidence française de l'Union européenne (UE), en décembre 2008, la mise en place d'une coopération plus étroite avec Israël a été de facto suspendue dans la foulée de l'offensive israélienne à Gaza (27 décembre -17 janvier).

L'arrivée au pouvoir de Benyamin Nétanyahou (Likoud) incite aujourd'hui les Européens à demander au nouveau gouvernement israélien de s'engager formellement en faveur de la solution des deux Etats avant de relancer leurs efforts de rapprochement. En attendant, la République tchèque, qui en faisait une des priorités diplomatiques de sa présidence de l'UE ce semestre, a renoncé à organiser un sommet avec les Israéliens au printemps. Lundi 27 avril, au Luxembourg, les ministres des affaires étrangères sont de surcroît convenus de reporter à juin la tenue du Conseil d'association avec Israël qui devait faire le point sur le renforcement des liens.

La position d'attente affichée par l'UE est une façon de faire pression sur Israël. Les Européens se veulent d'autant plus fermes que cette exigence est aussi celle de l'administration Obama. Ils espèrent que M. Nétanyahou sera en mesure de préciser ses intentions lors de sa visite à Washington, à la mi-mai. Les Vingt-Sept souhaitent par ailleurs que les autorités israéliennes mettent un terme à la colonisation et ouvrent l'accès à la bande de Gaza, pour en faciliter la reconstruction. "C'est un ensemble de préalables avant d'avoir une relation solide", a indiqué Javier Solana, chef de la diplomatie européenne.

"CE N'EST PAS UN CHANTAGE"

La question de ce rapprochement suscite des débats entre les Vingt-Sept et de vifs échanges entre la présidence tchèque et la Commission. "L'approfondissement (des relations avec Israël) ne peut être vu qu'à la lumière du conflit israélo-palestinien", a répété, ces derniers jours, Benita Ferrero-Waldner, commissaire en charge des relations extérieures. Le moment "n'est pas venu d'aller au-delà de la relation bilatérale (actuelle)", a-t-elle ajouté. Le premier ministre démissionnaire tchèque, Mirek Topolanek, dont le pays est très proche de l'Etat juif, a, au contraire, assuré, dans un entretien dimanche au quotidien israélien Haaretz, que "le processus de paix ne doit pas être lié aux relations entre l'UE et Israël".

"Ce n'est pas un chantage, s'est défendu Bruno Le Maire, le secrétaire d'Etat français aux affaires européennes, lundi au Luxembourg. Le bon sens est d'attendre la fin de l'examen politique en cours en Israël avant de prendre une décision." Pour Paris, un lien plus étroit, mis sur les rails lors de la présidence française, reste à l'ordre du jour. Il doit même, selon M. Le Maire, permettre de peser "davantage" sur le processus de paix.

Philippe Ricard

Retour