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A noter qu'avec pour titre "Une mémoire d'Algérie à fleur de peau, entre horreur du colonialisme et douleurs de l'exil", Françoise Germain-Robin, dans l'"Humanité" du samedi 17 avril, p. 14 rend compte du livre de Brahim Sénouci « Algérie, une mémoire à vif, ou le caméléon albinos » qui vient de paraître à l'Harmattan. 

Nous avons déjà accueilli des textes de Brahim Senouci dans notre bulletin. Il est actuellement l'un des organisateurs du tribunal Russel pour la Palestine.

 Jean-François Larosière

 

Islande-Palestine

Par Brahim SENOUCI

 

L’Islande est un tout petit pays, non certes par l’étendue géographique (plus de 100.000 km2), mais par son poids économique et sa population (320.000 personnes, soit une ville moyenne en France). La crise économique récente est née aux Etats-Unis et s’est étendue au monde entier. Toutefois, c’est par l’Islande que l’Europe a cru recevoir le coup de grâce. C’est de l’Islande que la menace d’un effondrement du système bancaire européen est arrivée. Ainsi, le comportement (jugé irresponsable) de 320.000 personnes addictes au crédit facile aurait pu occasionner la ruine d’une population mille fois plus importante.

La petite Islande n’a pas seulement des mœurs économiques légères. Elle cache, aussi, sous une surface lisse et glacée, des volcans puissants. L’un d’eux vient d’entrer en éruption, entraînant la paralysie du transport aérien dans toute l’Europe. Personne ne peut prédire quand les choses rentreront dans l’ordre. Tout le monde prie pour que le glacier qui recouvre le volcan fonde au plus vite, que les poussières retombent et que les avions puissent ainsi reprendre leur ballet. Tout le monde garde un œil sur le volcan voisin, réputé imiter son voisin quand celui-ci explose. Pour l’instant, il se tient coi, fort heureusement ; s’il venait à se manifester, les conséquences économiques deviendraient incalculables.

La Palestine est un tout petit pays, par la géographie (la Palestine historique tiendrait tout entière dans la superficie de trois départements français), par l’économie, par la population. Elle est le siège d’une oppression qui dure depuis plus de 60 ans. Le monde, au mieux, s’en désintéresse. Quant à l’Occident, il soutient et arme l’oppresseur. Il contribue au lent étouffement de la société palestinienne ; il contribue à alimenter le désespoir de sa jeunesse. Il honore les figures de l’oppression en baptisant rues, places et esplanades de leurs noms. Qu’aurait-il à craindre ? Il est du côté du plus fort, contre une population désarmée, appauvrie, ne présentant aucun danger pour son confort.

Aucun danger ? Vraiment ? N’y aurait-il aucune analogie entre un volcan assoupi et un désespoir enfoui dans la mémoire collective d’un peuple ? Qui peut croire que l’on peut pratiquer l’injustice en toute impunité et pour l’éternité ? Si cela était possible, autant revêtir les cratères des volcans islandais de lourds couvercles qui auraient pour fonction, non seulement d’empêcher l’explosion, mais aussi d’en assourdir les mille bruits annonciateurs.

Continuez ainsi, Mesdames et Messieurs du beau monde occidental, à vous faire les alliés zélés d’une entreprise de mort menée contre un peuple. Continuez de le faire au nom de votre douleur hypocrite qui vous amène à charger du poids de votre culpabilité les épaules d’enfants innocents. Continuez dans le déshonneur en armant le bras d’un oppresseur déjà surarmé pour l’aider à assassiner l’âme d’un peuple réduit à ramasser des pierres puisqu’il n’a rien d’autre à opposer à vos canons. Continuez à vous ceindre du drapeau aux plis douteux de la morale tout en foulant aux pieds les principes qu’édictent jour après jour vos lèvres mensongères. Continuez à fabriquer du ressentiment et de la haine. Continuez d’alimenter le feu souterrain qui couve et qui, si vous persistez dans cette voie, libérera sa lave dans un élan destructeur d’où personne ne sortira indemne.

 

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