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De l'indécence en politique
Le Président de la République Française a invité le Premier Ministre
israélien Ariel Sharon. Aussitôt des voix se sont élevées pour célébrer
les
retrouvailles franco-israéliennes et pour annoncer une politique plus
équilibrée de la France entre Israël et les Palestiniens.
Mais de quel équilibre s'agit-il ? Entre l'occupant israélien et les
occupés
palestiniens, l'équilibre commence par la fin de l'occupation, il ne
saurait
y en avoir d'autre, sauf à reconnaître le droit d'Israël à l'hégémonie
en
Palestine.
Jacques Chirac a cru devoir féliciter Ariel Sharon de sa décision
courageuse de se retirer de Gaza, ouvrant la porte à la mise
en place de
la feuille de route et à la paix.
Mais de quel retrait s'agit-il ? et de quelle paix ?
En même temps qu'il prépare le retrait israélien de Gaza, le
gouvernement
israélien renforce la colonisation en Cisjordanie (extension de la
colonie
de Maalé-Adoumim pour la relier à Jérusalem, construction d'une
université
israélienne dans la colonie d'Ariel) et continue la construction d'un mur
dit de "sécurité" qui s'enfonce en territoire palestinien,
constituant ainsi
une annexion de fait.
Dans un article publié dans Libération du 28 juillet, Matt Spetalnick
annonce le projet de l'armée israélienne d'une triple clôture le long
de la
frontière de la bande de Gaza qui n'est qu'une façon de l'emprisonner,
l'armée israélienne gardant en outre le contrôle aérien et maritime.
Gaza ne
sera qu'une prison à la merci des Israéliens.
Quant à l'occupation, elle est toujours là. Pendant la "trêve
issue de
Charm-El-Cheikh, les check-points, les arrestations (il faut bien
compenser
les quelques libérations qui ont eu lieu), les meurtres et les
destructions
de maisons ont continué. Comme si la trêve ne concernait que ceux que
l'on
appelle les terroristes palestiniens, comme si la paix annoncée
ne
pouvaient être que l'acceptation par les Palestiniens de l'hégémonie
israélienne sur leur terre.
Sans parler d'une autre forme de colonisation, annoncée par Sharon lui-même,
le peuplement juif des régions d'Israël jugée pas assez
juives par les
gouvernements israéliens, tels la Galilée et le Naqab-Negev. C'est ainsi
que
l'on peut continuer à détruire en toute impunité ces villages du
Naqab-Negev
qui n'existent pas puisqu'ils ne sont pas habités par des
Juifs. On
annonce même une grande politique de développement du Naqab-Negev, mais
cette politique exige de remplacer la population actuelle par une autre
plus
conforme. Cela s'appelle de la purification ethnique !
Et le responsable actuel de cette politique contre les Palestiniens ose
venir en France donner des leçons de lutte contre l'antisémitisme. Après
avoir dénoncé le gouvernement français qui laissait, selon lui, se
développer un antisémitisme mettant les Juifs de France en danger, Ariel
Sharon se permet aujourd'hui de décerner à ce même Jacques Chirac qu'il
vilipendait l'an dernier un brevet de bonne conduite pour sa lutte contre
l'antisémitisme.
Mais en même temps que le Premier Ministre israélien se permet
d'intervenir
sur la politique française à l'égard d'un groupe de citoyens qui
jouissent
des mêmes droits que tous les Français, le gouvernement israélien
interdit
de venir témoigner de sa politique à l'encontre des Palestiniens, Il
empêchait ainsi, ces derniers jours, l'entrée sur le territoire
palestinien
occupé par Israël, de la Caravane du Droit pour la Palestine venue de
Strasbourg après avoir traversé l'Europe pour porter sa solidarité au
peuple
occupé de Palestine, et des membres de la caravane se sont vus infligés
une
interdiction d'entrer en Israël pour une durée de cinq ans.
Deux poids, deux mesures. Ariel Sharon se donne le droit de dénoncer une
politique antisémite qui n'existe pas, mais refuse que l'on vienne voir
sur
place les méfaits et les crimes perpétrés par les occupants israéliens
de la
Palestine.
En même temps Ariel Sharon continue de prêcher auprès des Juifs de
France
pour qu'ils viennent renforcer la population juive d'Israël, puisqu'il
faut
bien occuper les territoires que l'on vide de leur population
palestinienne,
y compris lorsque cette population possède la nationalité israélienne.
Ensuite Monsieur Sharon et ses acolytes peuvent dénoncer l'antisémitisme,
ils font ce qu'il faut pour instrumentaliser les Juifs au profit de leur
politique et de leur idéologie. Comme s'ils avaient besoin de
l'antisémitisme pour mieux, d'une part rassembler les Juifs autour d'eux,
et
d'autre part dénoncer comme antisémite toute critique de leur politique.
Jacques Chirac devrait comprendre que tout soutien à la politique
israélienne et toute recherche d'un équilibre qui ne peut profiter qu'à
l'hégémonie israélienne, sont criminelles à la fois à l'encontre des
Palestiniens qui subissent l'occupation et des Juifs que le gouvernement
israélien voudrait instrumentaliser à son profit.
Union Juive Française pour la Paix
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