AFPS Nord Pas-de-Calais CSPP

   



Et que fait Israël des mosquées ?
Meron Benvenisti

 

Haaretz, 8 septembre 2005
www.haaretz.co.il/hasite/pages/ShArtPE.jhtml?itemNo=622607
Version anglaise : www.haaretz.com/hasen/spages/622332.html

Il n’est pas question de mettre en doute la sincérité des motivations de ceux qui s’opposent à la décision prise par le gouvernement de démolir les synagogues du Goush Katif. Au nombre de ceux qui ont élevé la voix contre cette décision, on trouve à la fois ceux qui ont appuyé le désengagement et ont même proposé de remettre intégralement aux Palestiniens les maisons du Goush Katif, et face à eux, ceux qui étaient farouchement opposés au désengagement et qui voient dans le maintien en place des synagogue une ouverture pour le retour de Juifs à Gaza. A côté de motifs relevant de la loi rabbinique et interdisant la destruction de « sanctuaires miniatures », on entend aussi l’argument que la démolition des synagogues apporterait une légitimité aux antisémites qui méditent la destruction des synagogues devenues inactives dans des centres juifs anéantis.

Mais à côté de la volonté de conserver les synagogues, émerge clairement une considération utilitaire et conjecturale : si la chose est tranchée, mieux vaut que ce soient les Palestiniens qui les démolissent, et pas les Israéliens, « car alors le monde entier découvrira leur infamie ». Cette position qui fait porter sur les Palestiniens la responsabilité du sort des édifices saints s’accompagne de l’énumération détaillée et documentée de leur attitude scandaleuse à l’égard de tout ce qui touche à la conservation de ce qui est lieu saint pour les Juifs – depuis la profanation du cimetière juif du Mont des Oliviers pendant la période jordanienne jusqu’à l’incendie du Tombeau de Joseph au début de l’Intifada. Et pour ne pas être accusés d’hypocrisie – car enfin, s’il est effectivement sûr que les Palestiniens détruiront les synagogues, quel sens y a-t-il à leur demander d’en prendre la responsabilité ? – les opposants à la démolition rapportent aussi, à contrecoeur, des « précédents plus encourageants ».

Toute cette question est débattue, comme d’habitude, entre Israéliens eux-mêmes et sans considération pour les Palestiniens à qui on veut faire porter la responsabilité et la faute. La cour suprême ne se contente pas du refus catégorique des Palestiniens de prendre la responsabilité de veiller sur les synagogues et elle a, avant-hier, donné instruction au chef du gouvernement d’envisager de leur demander « officiellement de veiller sur les synagogues ». Mais là ne s’arrête pas l’unitaléralisme : l’histoire de la lutte pour les lieux saints n’est pas seulement celle de la guerre des Fils, juifs, de la Lumière contre les Fils, palestiniens, des Ténèbres, mais celle d’une guerre où les deux camps ont perpétré des actes barbares à l’encontre de ce qui est sacré pour l’autre.

Les Palestiniens sont en droit de se demander si le principe qui interdit de toucher à des lieux saints ne s’applique qu’aux synagogues ou si des fois il ne s’appliquerait pas aussi aux mosquées et aux églises qui ont été abandonnées. L’exigence que les Palestiniens – ou une instance internationale – prennent la responsabilité des synagogues, ne concerne-t-elle pas aussi le gouvernement israélien à l’égard des mosquées abandonnées qui sont sur son territoire ? Celui qui s’empresse d’exposer la vilenie des Palestiniens est-il prêt à étaler aussi le comportement scandaleux d’Israël à l’égard des lieux saints musulmans ?

Sur environ 140 mosquées des villages abandonnées à la suite de la guerre de 1948, une centaine ont été entièrement démolies. Celles qui restent, une quarantaine donc, se trouvent dans un état avancé d’abandon et de dégradation ou bien sont utilisées par les habitants juifs à des usages auxquelles elles n’étaient pas destinées. Dans un moshav des monts Carmel, se trouve une mosquée dont la splendeur a laissé des traces encore visibles ; elle est à l’abandon, ses murs s’effritent et elle est clôturée de fils de fer barbelé. Les demandes adressées par des réfugiés « présents-absents » pour pouvoir s’en occuper, ont été rejetées par les autorités. Une grande mosquée au cœur d’un moshav des montagnes de Judée sert d’entrepôt et de garage pour des engins agricoles. Comme elles, il y en a encore une vingtaine, menaçant ruine. En 1997, lorsque des habitants d’un moshav de Galilée occidentale ont eu envie de « s’élargir », ils ont attaqué au bulldozer, au milieu de la nuit, les vestiges de la mosquée du village abandonné et l’ont entièrement démolie. Non loin de là, les autorités refusent d’autoriser la prière dans la vieille mosquée d’un autre village abandonné, sous prétexte que ce serait « un arrangement politique, quasiment une colonie et constituerait un précédent pour un accord donné au retour des réfugiés ».

Plusieurs mosquées servent d’habitation et d’autres sont employées à des usages commerciaux et culturels. Une mosquée d’un village abandonné, à l’entrée de la vallée Iron, sert de menuiserie pour un kibboutz de la Shomer Hatzaïr ; une mosquée dans une localité d’artistes du Carmel sert en partie de bar et de restaurant ; d’autres mosquées servent de musées et de galeries. La grande synagogue d’une bourgade proche de Rehovot est établie dans la mosquée du village abandonné, dont le minaret a été détruit et dont l’emblème en demi croissant au sommet de sa coupole a été remplacé par une menora. Et nous n’avons encore rien dit des tombeaux de cheiks, transformés en tombeaux de saints juifs, comme le « Tombeau de Dan » qui a pris la place de Cheikh Gharib, un saint homme local, ou le Tombeau de Sit Sakina à Tibériade devenu miraculeusement le Tombeau de Rachel, l’épouse de Rabbi Akiva. Moins de 40 cimetières musulmans subsistent sur les 150 et plus qu’il y avait dans les villages abandonnés, et ceux-là même sont à l’état d’abandon et en danger permanent de destruction de tombes, d’intrusions et d’expropriations.

Le gouvernement israélien sait pourquoi il n’est pas porté exiger des Palestiniens la préservation des synagogues. Qu’arriverait-il si les Palestiniens posaient en contrepartie l’obligation pour le gouvernement israélien de prendre soin des mosquées qui se dégradent sur son propre territoire ? Et toutes ces âmes généreuses dont le cœur s’afflige à la perspective de la démolition des synagogues, élèveront-elles la voix pour sauver les mosquées de Ijzim, Lajjoun et Ghabbasiyah ? Qu’au moins elles reconnaissent que les émotions soulevées par la destruction de synagogues abandonnées sont aussi le lot de centaines de milliers de musulmans israéliens au spectacle de l’anéantissement de leurs biens sacrés. Peut-être, lorsque tous reconnaîtront que la douleur de la destruction est universelle, les guerres des lieux saints prendront-elles fin.

[Traduction de l'hébreu : Michel Ghys]


Source : Michel Ghys


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