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Les Palestiniens du Liban redoutent l’avenir

Laila El-Haddad

 

Les réfugiés palestiniens au Liban assistent au retrait de la Syrie et envisagent leur avenir avec anxiété et incertitude.

Une semaine après le retrait des troupes et des services secrets syriens de leurs bases à Baalbak, au cœur de la vallée de la Beqaa, il reste peu d’indications qu’ils ont, à un moment ou à un autre, contrôlé les rues de cette ville endormie. A part quelques posters défraîchis du Président syrien Bashar al-Assad, le changement est intervenu rapidement. Les check-points militaires, qui auparavant étaient décorés aux couleurs reconnaissables rouge et blanc du drapeau syrien, sont maintenant recouverts de cèdres libanais. Même une grande statue de Hafez al-Assad a été démontée et rapatriée à Damas.

Pour beaucoup de Libanais, ce retrait représente le point de départ de ce qu’ils considèrent comme le chemin qui les mènera vers l’indépendance. Mais tous les partis au Liban n’ont pas accueilli le départ des Syriens avec un tel déchaînement d’enthousiasme.

Pour les 400 000 réfugiés palestiniens, la résolution 1559 du Conseil de Sécurité de l’ONU, puis tous les évènements qui ont suivi, des troubles à Beirut jusqu’au retrait syrien, sont considérés avec une grande inquiétude.

"Je suis très pessimiste pour mon avenir", dit Wael Issa, un jeune étudiant de 18 ans qui vit dans le camp de réfugiés de Wavel, plus connu sous le nom de al-Jaleel, juste au sud de Baalbeck."Je suis très inquiet qu’ils s’en prennent à nous après la Syrie. Tout est écrit dans la 1559 : Syrie...Hezbollah... puis nous".

Peur des représailles

"Les gens dans les camps ont peur" explique Fadi Yasin, un réfugié de 34 ans qui vit de la vente de combustible de chauffage aux autres réfugiés, pendant les hivers rigoureux de Baalbeck. " Le sentiment général est que c’est notre tour maintenant - [le gouvernement libanais] veut se débarrasser de nous. La question syrienne a lancé le mouvement et maintenant la marée revient". L’Etat et l’opposition ont déjà commencé à parler des armes dans les camps de réfugiés. Mais maintenant, il n’y a plus les forces syriennes pour nous protéger et nous n’avons aucune garantie pour notre sécurité"

. Yasin ajoute que les souvenirs du massacre de Sabra et Shatila, pendant lequel 2800 civils palestiniens, la plupart des femmes et des enfants, ont été tués sous l’œil attentif du Ministre de la Défense Ariel Sharon, sont trop frais dans la tête de beaucoup de Palestiniens d’ici. Pour cette raison, ils considèrent avec crainte, suspicion et hésitation cet appel au désarmement pour le peu d’armes qui reste dans les camps. "Nous avons tiré les leçons de Sabra et Chatila. Nous avons été désarmés en 1982 après la guerre civile, et puis nous avons été massacrés par les hommes de Sharon, et ceci sous protection internationale" ajoute t-il.

Point de vue commun

L’opinion de Issa et de Yasin fait écho à celle de tous les Palestiniens au Liban.

En tant que réfugiés, les Palestiniens au Liban vivent dans un état constant de vulnérabilité, avec peu ou pas de droits civiques. Non désirés par l’Etat qui les accueille et dans l’impossibilité de retourner chez eux, leur existence semble avoir toujours un caractère éphémère.

Leurs camps sont des ghettos, avec leurs ruelles étroites et tortueuses, leurs abris de ciment murs contre murs, leurs toits en tôle et leurs services publics sans nom. Ils manquent de tout : protection quotidienne, sécurité physique, liberté de mouvement et accès à l’emploi. Des abris sous terrain - restes de la guerre civile - leurs rappellent les périodes dangereuses auxquelles ils ont dû faire face, périodes qu’ils redoutent de vivre une nouvelle fois.

Effectivement le sentiment populaire actuellement au Liban semble être contre toute présence étrangère. Ainsi lors d’une manifestation organisée la semaine dernière pour le retour de l’ex Premier Ministre Michel Aoun dans le square des Martyrs à Beirut, une banderole disait : "Le Liban aux Libanais".

Analyse

Les analystes libanais insistent cependant sur le fait qu’il n’y a rien contre les Palestiniens et que si un sentiment anti-palestinien peut exister pour certains éléments de la société libanaise, cela est très marginal et rien de concret ne peut en découler.

"Oui, il y a des gens qui veulent que les Palestiniens s’en aillent, mais l’épuration ethnique n’est pas politiquement réaliste. L’opinion publique ne l’accepterait pas, et l’Union Européenne ne le permettrait pas" explique Samir Qassir, un journaliste libanais influent et membre de l’équipe stratégique pour la campagne médiatique de l’opposition. "Même les Chiites peuvent jouer la carte des Palestiniens et ainsi éviter d’être désarmés eux-mêmes, mais ils ne vont jamais soutenir une épuration ethnique des Palestiniens ici".

Alors qu’ils sont solidaires des Palestiniens qui vivent avec eux, les habitants de Baalbeck, pour la plupart chiites, souhaitent que les Palestiniens puissent retourner chez eux, mais pour différentes raisons.

" Les Palestiniens ne doivent pas s’installer ici, au Liban" déclare Hisham Mustafa, un ouvrier chiite de 31 ans. " Ce n’est pas parce que nous ne les aimons pas ou qu’ils nous dérangent" explique t-il. "Les Palestiniens amènent de l’argent dans ce pays...ils enrichissent le pays. Nous voulons qu’ils rentrent en Palestine parce que c’est leur patrie et qu’ils en ont le droit".

Mustafa dit qu’il est contre le désarmement des Palestiniens, parce qu’il considère que c’est le maillon le plus faible de la chaîne. "Si ils sont désarmés, ensuite ce sera notre tour : les Chiites et le Hezbollah".

Améliorer les liens

Qassir considère que le moment est venu pour renouer les liens entre les Libanais et les Palestiniens, et que les responsables palestiniens dans les camps devraient saisir l’occasion, plutôt que d’alimenter des querelles vacillantes.

" Je crois qu’il y a une chance actuellement d’améliorer les relations, une chance pour donner aux Palestiniens leurs droits civiques, mais nous devons sauver cette chance et ne pas la compromettre en prenant de stupides positions pro-syriennes qui ne donneront que des excuses aux éléments les plus radicaux" dit Qassir en faisant référence aux déclarations de Sultan Abu al-Ayneen, le représentant de l’OLP au Liban, appelant au rejet de la résolution 1559 et refusant le désarmement des camps. "Nous devons saisir l’occasion, mais nous devons aussi désarmer les éléments radicaux libanais qui pourraient s’en prendre aux Palestiniens" .

L’opposition libanaise, pendant ce temps, a pris des positions similaires en disant que les Palestiniens devaient être désarmés -volontairement, pas par la force- et que le gouvernement libanais devait en échange mettre fin à sa politique raciste et discriminatoire envers les réfugiés.

"Notre parti soutient les Palestiniens qui sont au Liban malgré eux", explique Wael Abou Faour, un jeune responsable politique druze issu des rangs du Parti Socialiste Progressiste : le Mouvement Druze dirigé par le leader de l’opposition Walid Jumblatt.

"Aujourd’hui les Palestiniens sont un élément important de la réconciliation entre les différentes factions libanaises et ils ne sont en confrontation directe avec aucune des parties, contrairement à ce qui s’est passé pendant la guerre civile. Nous rejetons la [résolution] 1559 qui appelle à l’arrêt de la résistance palestinienne au Liban, mais nous appelons à un désarmement volontaire des Palestiniens, nous leur demandons de donner leurs armes au gouvernement libanais en échanges de leurs droits civiques, et nous souhaitons discuter avec les Palestiniens via les ministères libanais adéquats, tel que le ministère de l’Intérieur, plutôt que via des services secrets et militaires. Nous avons également comme objectif de mettre fin au siège effectif des camps de réfugiés palestiniens et à leurs statuts de grandes prisons".

Un avenir incertain

Tout cela est loin de rassurer les Palestiniens du Liban, qui ne peuvent que faire des suppositions quant à leur avenir. Alors que les accords de Taief, signés en 1991 à la fin de la guerre civile, leur ont refusé le droit d’être naturalisés comme citoyens libanais, Israël leur refuse le droit au retour.

Apparemment, il y a eu des discussions avec le leader de l’opposition ,Jumblatt, dans les semaines qui ont suivi l’assassinat de l’ex-premier ministre Rafiq al-Hariri au sujet de la naturalisation.

Mais ce n’est pas une solution que les réfugiés souhaitent ou croient plausible, explique Sameera Abou al-Fool, une travailleuse sociale et militante politique du FPLP au Liban. "Il n’y a pas de travail ici, pas de source de revenu. Et nous sommes traités comme de la vermine. Parmi les Syriens, les Sri-Lankais et les réfugiés, nous sommes considérés comme la classe la plus basse" dit Abou al-Fool. Elle dit aussi que les Palestiniens seront toujours considérés comme une menace pour le fragile équilibre politique du Liban.

"Même si ils nous naturalisent, nous sommes catalogués comme des étrangers ici et nous ne serons jamais intégrés dans la société libanaise. D’abord nous ne sommes pas les bienvenus. Et puis nous resterons de citoyens de seconde zone toute notre vie. Nous serons toujours pointés du doigt, nous serons toujours vulnérables".

 

Laila El-Haddad à Baalbak samedi 14 mai 2005

Al Jazeera : http://www.aljazeera.com

traduction Nathalie Ollat, Afps choix de photos, CL, Afps


Source : AFPS
http://www.france-palestine.org/article1638.html


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