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Le Conseil œcuménique des Églises et la Palestine

Christiane Gillmann - Pour La Palestine n°44
 
Né en 1948, de l’antifascisme, le Conseil œcuménique des Eglises s’est, depuis, investi pour la paix, la justice, la décolonisation et la réconciliation.

Né en 1948, de l’antifascisme, le Conseil œcuménique des Eglises s’est, depuis, investi pour la paix, la justice, la décolonisation et la réconciliation. Depuis 2002, il a mis en place en Palestine occupée un programme spécifique pour une intervention non-violente contre l’occupation.

Après en avoir pris la décision en septembre 2001, lors de la réunion qu’a tenue son comité exécutif, le Conseil œcuménique des Eglises a mis sur pied un ambitieux programme intitulé : Ecumenical Accompaniers Programme in Palestine/Israël (EAPPI). Soit : mission d’accompagnement œcuménique en Israël/Palestine. Dans le cadre de ce programme qui a débuté en août 2002, plus de 150 personnes ont séjourné dans plusieurs villages ou villes de Cisjordanie et de la bande de Gaza et à Jérusalem. Ces volontaires proviennent jusqu’à présent de onze pays (Canada, Allemagne, Danemark, Etats-Unis, France, Islande, Nouvelle-Zélande, Norvège, Royaume-Uni, Suède, Suisse et Afrique du Sud depuis peu) et sont reconnaissables à leur uniforme, un gilet beige frappé du logo du Conseil œcuménique des Eglises et qui a en effet été conçu pour être repéré de loin, notamment par les colons et les soldats israéliens. Leur séjour dure en général entre trois et cinq mois, parfois un an, selon la nature des missions qui leur sont confiées.

Une histoire antifasciste et de solidarité

Avant de décrire ces missions, il faut peut-être rappeler ce qu’est le Conseil œcuménique des Eglises, le COE. Il a été constitué en 1948, à Amsterdam, par cent quarante Eglises européennes et américaines. Il s’agit d’une part d’églises appartenant aux deux grandes traditions de la Réforme protestante : les luthériens, surtout présents en Europe du Nord, dans l’est de l’Allemagne et aux Etats-Unis, et les réformés, héritiers de Calvin, que l’on trouve en Suisse, en France, dans l’ouest de l’Allemagne, aux Pays-Bas et en Hongrie, sans oublier les pays anglo-saxons où ils se nomment presbytériens. Deux importantes Eglises anglicanes comptent parmi les fondateurs du COE : l’Eglise d’Angleterre et l’Eglise épiscopalienne des Etats-Unis.

Le COE existait déjà en fait à la veille de la Seconde Guerre mondiale et les mouvements de jeunesse de ces différentes Eglises protestantes l’ont fait fonctionner durant la guerre, par exemple en aidant ici la Cimade qui a sauvé tant de juifs et aussi d’étrangers ayant fui les régimes nazi et fasciste et cherché refuge en France. Au lendemain de la guerre, une de leurs préoccupations a été la réconciliation entre le peuple allemand et les peuples des pays qu’avaient envahis et occupés ses dirigeants. L’aide aux opprimés et la réconciliation en vue de la paix demeureront au centre des prises de positions et des actions du COE.

Le COE qui s’était installé entre temps à Genève, a été rejoint au début des années 1960, aussi bien par les Eglises orthodoxes que par les Eglises des pays d’Afrique et d’Asie nouvellement indépendants. Il regroupe aujourd’hui la totalité des Eglises orthodoxes auprès de la majorité des Eglises protestantes (à l’exception des fondamentalistes et des télévangélistes qui sont, aux Etats-Unis, la base électorale de George W. Bush), ce qui représente 400 millions de fidèles provenant de cent vingt pays répartis sur tous les continents. Quant à l’Eglise catholique romaine, elle est membre à part entière de nombreuses organisations œcuméniques nationales et de plusieurs organisations régionales (le Conseil chrétien du Moyen-Orient, par exemple) et elle entretient des relations privilégiées avec le COE, notamment dans le domaine théologique.

Depuis sa création, le COE encourage les Eglises à participer sur place, aux côtés de leurs concitoyens, aux «  luttes pour la justice et la paix ainsi que pour la préservation de la Création  », et il soutient leurs efforts. Ainsi en a-t-il été lors des luttes de libération nationale de la période de décolonisation et, en dernier lieu, au cours du long combat mené contre l’apartheid en Afrique du Sud, sans oublier la défense des droits humains dans les pays d’Amérique Latine soumis aux dictatures militaires et, plus récemment, les efforts pour mettre fin à deux décennies de guerre civile au Soudan et les tentatives de réunification de la Corée.

Quant au conflit israélo-palestinien, il est depuis longtemps au cœur des préoccupations du COE, en liaison étroite avec les Eglises membres du Conseil chrétien du Moyen-Orient qui sont, en Israël et Palestine plus que partout ailleurs, proches de leur peuple, de ses aspirations et de ses combats. Le COE entretient aussi des liens privilégiés avec Sabeel (« chemin et source »), une ONG qui rassemble des Palestiniens chrétiens de toute dénomination, citoyens israéliens et habitants de Jérusalem et du reste des territoires palestiniens occupés et qui s’efforce de bâtir, sous le patronage de M gr Desmond Tutu, une théologie de la libération à l’instar des communautés de base latino-américaines. Fin novembre 1998, à Harare, la capitale du Zimbabwe où se tenait sa huitième assemblée mondiale (la dernière, puisqu’il s’en tient une tous les huit ans), le COE avait adopté, sur « Jérusalem, capitale des deux Etats », une résolution exemplaire que Pour La Palestine avait publiée dans son numéro 25.

Une implication directe sur le terrain

Mais l’aggravation dramatique de la situation depuis l’élection de Sharon a amené le COE à prendre la décision d’intervenir directement sur place. Les Eglises les plus concernées par le sort du peuple palestinien ont été consultées et mises à contribution. Une avant-garde de Danois et d’Islandais se trouvait sur place lors de l’opération Rempart et elle a pu témoigner de la violence de la réoccupation militaire de la Cisjordanie et des nombreuses violations des droits humains dont a été victime la population palestinienne. Ces évènements ont précipité l’organisation et la mise en route du progamme EAPPI.

Accompagner la lutte contre l’illégalité de l’occupation.

Ce programme, qui a débuté en août 2002, a pour objet d’« accompagner les populations, dans leurs actions non-violentes et leurs efforts concertés en vue de mettre fin à l’occupation illégale de la Palestine ». Plus précisément, ses objectifs consistent à :

-  mettre en lumière la violence de l’occupation,

-  faire cesser la brutalité, l’humiliation et la violence dirigées contre les civils,

-  veiller au respect des droits humains internationaux et du droit humanitaire,

-  influencer les opinions publiques et les politiques étrangères sur le Moyen-Orient, afin que cesse l’occupation et que soit créé un Etat palestinien viable, à côté de l’Etat d’Israël,

-  exprimer la solidarité envers les Palestiniens et les activistes de paix israéliens,

-  prôner la paix, en proposant de lutter contre l’injustice par des moyens alternatifs, non-violents.

Concrètement, les tâches des « accompagnateurs œcuméniques » - ainsi se nomment les volontaires du programme EAPPI - consistent à protéger par leur présence les Palestiniens des brutalités et des humiliations auxquelles les soumettent les soldats israéliens, à accompagner les équipes sanitaires aux check-points et à accompagner les Israéliens et les Palestiniens qui s’occupent des droits humains, en recueillant les témoignages des médecins, des militants pacifistes, des travailleurs humanitaires et bien sûr des victimes des agissements de l’armée d’occupation ; ceux qui sont en poste à Rafah ont ainsi étroitement travaillé avec le PCHR.

Les réalités de l’occupation ont rapidement assigné d’autres tâches aux accompagnateurs œcuméniques. La violence des colons israéliens et le mur qui se construit inexorablement ont conduit à l’installation d’équipes (trois personnes en général) à Yanoun et à Jayyous, d’autres équipes se trouvant à Rafah, Hébron, Sawahreh (ville de la banlieue nord de Jérusalem qu’un mur de 10 m coupe en deux), à Jénine, à Bethléhem, au camp de réfugiéz d’Al Amari (près de Ramallah).

Une équipe est basée à Jérusalem qui a pour mission d’accueillir et de former les nouveaux accompagnateurs œcuméniques, comme d’organiser les autres équipes. Elle a aussi pour tâche d’accompagner et d’aider les militants de la paix israéliens, et elle a particulièrement entouré les refuzniks et leurs proches. Ses liens avec l’ICAHD (Israeli Committee against House Demolitions), Ta’ayush, les Femmes en noir, lui permettent de coordonner leurs activités avec celles des équipes EAPPI se trouvant dans les territoires palestiniens occupés ; elle leur fait connaître l’expérience qu’elles y vivent. Elle se considère comme un pont entre Palestiniens et Israéliens.

D’une manière générale, les accompagnateurs œcuméniques participent, aux côtés des militants israéliens, aux manifestations organisées par les Palestiniens, notamment contre le mur. Cela a été le cas à Jayyous, bourgade agricole de 3200 habitants situé à 12 km au nord de Qalqiliya et à 23 km à l’ouest de Naplouse et que le mur israélien sépare maintenant de 75 % de ses terres et de la totalité de ses puits. Dès la fin 2002, des accompagnateurs œcuméniques s’y sont installés, à la demande du PENGON. L’avant-dernière équipe EAPPI qui y a séjourné d’avril à juillet 2004 était constituée d’une Suisse, d’un directeur d’école norvégien à la retraite et d’un pasteur français, Gilbert Charbonnier. En accord avec la Fédération protestante de France qu’il représentait, et son service information-communication, il a envoyé par courriel à Paris, semaine après semaine, des carnets qui ont été aussitôt diffusés largement.

Il y raconte qu’une de leurs tâches principales a consisté à permettre aux paysans d’accéder à leurs terres par-delà le mur, c’est-à-dire à s’assurer que l’armée israélienne les laisse bien franchir, dans les deux sens et aux heures annoncées par elle, les deux portes qui ont été aménagées dans ce mur ; l’accès à ces portes étant maintenant soumise à une autorisation spéciale (qui est refusée aux hommes de moins de 35 ans et en général aux personnes - fort nombreuses - qui ont été détenues plus ou moins longtemps dans les prisons israéliennes) et les militaires se montrant généralement tatillons et peu pressés, les opérations de franchissement des portes peuvent prendre parfois des heures ; des heures qui permettent de faire mieux connaissance et du même coup de rendre plus visible la solidarité que les accompagnateurs ont été chargés par leurs églises de témoigner au peuple palestinien.

Il décrit aussi dans ses carnets la misère quotidienne de l’occupation et le comportement violent des soldats israéliens qui terrorisent les habitants lors de leurs incursions ; il ajoute que cela lui rappelle « de vieux souvenirs ; les soldats de l’occupation allemande sur une route de France, les soldats français en Algérie, et ailleurs  »...

Depuis son retour en France, le pasteur Charbonnier a exposé publiquement, à trente-trois reprises, ce qu’il a vu et vécu là-bas. Il vient d’apprendre que, sur une partie des terres de Jayyous se trouvant de l’autre côté du mur, les arbres et les récoltes ont été arrachés et qu’une colonie se construit.

Christiane Gillmann

 

Source : France Palestine
http://www.france-palestine.org/article991.html

 

Ce texte n'engage que son auteur et ne correspond pas obligatoirement à notre ligne politique. L'AFPS 59/62,  parfois en désaccord avec certains d'entre eux, trouve, néanmoins, utile de les présenter pour permettre à chacun d'élaborer son propre point de vue."

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