AFPS Nord Pas-de-Calais CSPP

   



De Deir Yassin à Gaza

 Nabil El-Haggar *

4 octobre 2004

C’est le 09 avril 1948 que le village de Deir-Yassin, à l’ouest de Jérusalem, a cessé d’exister. Sur ses trois cents habitants, deux cent cinquante de ont été massacrés de sang froid. Les bourreaux ont organisé un défilé de la victoire à Jérusalem et y ont exhibé les survivants ensanglantés.

Deir-Yassin, visage emblématique de la souffrance palestinienne à travers l’expulsion de 1948, fut aussi l’un des piliers de la stratégie sioniste. Très tôt, les organisations sionistes d’abord, l’État d’Israël ensuite, ont parfaitement maîtrisé l’art de la communication et la manipulation de l’opinion. En parfaits planificateurs, ils se sont ingéniés et ont réussi des décennies durant, à faire cohabiter le principe : “ la fin justifiant les moyens ” avec la construction de l’image d’un État civilisé incapable de faire mal aux autres, sauf pour se défendre !

Le 29 octobre 1956, jour ordinaire, rythmé par les ordonnances du gouvernement militaire et la marche des gardes frontières, pour les habitants de Kafr Kasem, village au centre de la Palestine. Ce jour là, quarante neuf palestiniens, âgés de huit à quatre-vingt dix ans, tous citoyens d’Israël, ignoraient que le commandant militaire de l’honorable armée de défense d’Israël, avait pris la décision de mettre fin à leur existence.

Lamerkhav, journal israélien de l’époque, avait accusé le pouvoir, les dirigeants religieux et à quelques exceptions près, les intellectuels israéliens et la presse de complicité dans le massacre et surtout de silence et de desinformations. L’assassin devenait le condamné, le massacre devenait l’événement, l’affaire ou la catastrophe, qui, encore un peu, passerait pour une catastrophe  naturelle !

On pouvait y lire : “ Aucun professeur ou assistant, sauf quelques “ fous ”, ne s’est levé pour crier “ assassins ”… ;  “ ceux qui font des sermons pour que “ triomphe la sagesse d’Israël ”, … tous ceux-là, se sont réfugiés dans le silence et l’indifférence ”. Le rédacteur ajoute : “ … L’Union des Écrivains qui avait l’habitude de “ s’adresser à la conscience du monde civilisé ”, ne dit rien, n’a rien dit et ne dira rien… ”. “ Et que dire de tous ces partis participant au pouvoir, tout en brandissant les slogans de paix, de justice et de la fraternité des peuples ?… ”. “ Et nous-mêmes,… pourquoi sommes-nous restés muets ? ”. Ce massacre a été perpétré avec un sang froid exemplaire.

Le monde aurait dû comprendre que Deir Yassin et Kafr Kassem n’allaient pas être les derniers massacres en Palestine.

Kafr Kassem exprime fort bien qu’Israël, institutions et société, était déjà devenu,  huit ans à peine après sa création, et prédisait ce qu’Israël est aujourd’hui ; une impitoyable machine de destruction du Palestinien. Pire encore, et c’est bien là que réside l’un de nombreux succès du fait israélien, le massacre de 49 Palestiniens, en 1956, suscitait bien plus de remous et d’indignation que tous ces massacres exécutés de nos jours, régulièrement, à Khan Younes, Gaza, Naplouse ou Jénin.

Aujourd’hui, la communauté internationale se sent-elle responsable des actes de barbarie qu’Israël fait subir à la terre palestinienne et ses habitants, depuis soixante ans ?.

* Nabil El-Haggar, palestinien et co-président de l'AFPS 59.62

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