AFPS Nord Pas-de-Calais CSPP

   

 

L'éducation pour la paix

par Ziad Medoukh

10 avril 2004

Le contexte actuel en Palestine est marqué par une logique de guerre imposée par une force d'occupation qui est en train d'utiliser tous les moyens militaires afin de casser la volonté du peuple palestinien, un peuple patient qui continue sa résistance sur sa terre, une résistance historique malgré le déséquilibre entre ses moyens et les moyens de l'occupant.

Les Palestiniens, dans leur lutte contre l'occupation, la colonisation et le Mur ne réclament pas la lune, ils ne demandent qu'une seule chose: de vivre en paix et en liberté dans un État viable, l'État palestinien sur les Territoires Palestiniens occupés en 1967 par l'armée israélienne, des territoires reconnus occupés par les Nations unies et réclamés par les décisions internationales comme devant constituer le futur État palestinien.

Pour obtenir ce droit international d'une part, et pour résister contre les occupants et les colons israéliens qui se trouvent dans leurs territoires d'autre part, les Palestiniens utilisent plusieurs formes de résistance: une résistance militaire, une résistance par l'attachement à leur terre, une résistance par la non violence, et une résistance par l'éducation et la culture.
Comme professeur et éducateur, je pense que l'éducation est un élément important et un moyen efficace de résister contre l'occupation, mais surtout de développer une culture de paix et de préparer le terrain à une éventuelle coexistence entre les Palestiniens et les Israéliens.

Entre Palestiniens et Israéliens, il y a un confit, il y a une lutte, entre l'occupant et l'occupé, il existe une tension, et pour trouver une solution à ce conflit ou pour essayer de s'imposer et d'assurer la défaite de l'adversaire, les Palestiniens et les Israéliens ont utilisé deux moyens ou, plus simplement, il y a eu deux voies marquées dans les relations entre Palestiniens et Israéliens:

Une voie politique, à travers les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, qui ont abouti à quelques accords de paix signés tels que Washington, Taba, Oslo; mais qui n'ont pas été appliqués, parce que les gouvernements israéliens n'en avaient pas l'intention, et qu'au contraire ils ont accéléré la colonisation en plein processus de paix, et qu'ils ont commencé la construction du Mur en pleine négociation politique. Cette voie politique a échoué parce que il n'y a pas eu une volonté internationale de faire pression et d'imposer une solution politique au conflit israélo-palestinien. L'échec de ce processus de paix a obligé les deux côtés d'utiliser la voie militaire.

Une voie militaire, qui a commencé depuis le début de la deuxième Intifada et qui s'impose actuellement à travers l'utilisation des armes, des balles, des missiles, des engins, des explosifs et des bombes de part et d'autre, avec le déséquilibre existant entre une armée d'occupation et des militants armés. Cette voie continue de causer des pertes humaines et économiques dans les deux sociétés qui sont en train de s'affronter tout en sachant que cette voie militaire ne réalisera jamais les objectifs et les revendications ni des uns ni des autres.

Mais il existe une troisième voie, qui n'a pas été utilisée et qui pourra être efficace si les deux parties les exploitent à fond et essayent de la diffuser dans les deux sociétés: il s'agit de la voie culturelle, la voie éducative, la voie intellectuelle. L'éducation, dans cette logique de guerre et dans ce contexte de violence, devrait jouer un rôle important en faveur de la paix entre Palestiniens et Israéliens.

Le moment est venu pour que les professeurs, les intellectuels, les hommes de savoir et de culture en Palestine et en Israël réagissent d'une façon rapide et tentent de proposer quelques éléments d'espoir pour l'avenir de nos futures générations.

Nous, les professeurs, les gens de l'éducation, nous avons une responsabilité et un devoir moral vis-à-vis de nos élèves, étudiants et jeunes, nous ne pouvons pas laisser nos enfants tomber dans le désespoir total, qui encourage la haine et l'enfermement; il faut proposer quelque chose pour l'avenir, et l'avenir pour les deux sociétés est sans aucun doute la paix.

On ne peut pas imposer la paix, la paix est une conviction, c'est un processus; c'est la valeur humaine la plus demandée partout dans le monde. C'est la vie avant tout...

Comment peut-on parler de négociations israélo-palestiniennes sans que les professeurs et les éducateurs, mais surtout les élèves palestiniens et israéliens, soient conscients de leur avenir qui n'existe que dans la paix? Ils faut que ces élèves sachent que l'avenir est dans la paix et non dans la guerre, ou l'occupation ou la colonisation.

Le plus important aujourd'hui est une prise de conscience de la part des enseignants qui sont les formateurs d'une nouvelle génération dans les deux pays, ces professeurs qui, au travers des manuels scolaires, au travers des activités scolaires et extra-scolaires, au travers des ateliers, des discussions, des échanges, et surtout au travers de leurs cours, doivent aborder avec leurs élèves l'existence de l'autre; après quoi, vivre en paix, vivre pour le droit et pour la paix, cela viendra au travers des réflexions, mais surtout des convictions de ces élèves.

L'objectif de cette mobilisation des gens de l'éducation, et en particulier des professeurs, est d'essayer de promouvoir une culture de paix dans les deux sociétés, un élément indispensable pour un processus de paix qui jusqu'à maintenant est toujours absent dans les deux sociétés, et cette absence de culture de paix est la raison essentielle de l'échec actuel du processus de paix entre Palestiniens et Israéliens.

La paix est notre avenir, il faut commencer par préparer cet avenir de paix dans les deux sociétés, en abordant prioritairement l'éducation en tant que facteur essentiel pour développer non seulement des convictions, mais pour assurer un avenir de paix.

Ziad Medoukh
E-mail :
ziadmedoukh@hotmail.com

Source : http://www.solidarite-palestine.org/cdg064.html

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